Réponse à une question brûlante à l'heure œcuménique
de Robert Schrœder
Avec autorisation 04/2003
(Entre parenthèses, les abréviations utilisées.)
Versions catholiques récentes (postérieures à la première édition de cette étude)
Versions protestantes récentes (postérieures à la première édition de cette étude)
par des équipes comptant des traducteurs catholiques, orthodoxes et protestants
La Bible traduite par André Chouraqui, écrivain juif, qui a repensé les textes grecs dans leur contexte culturel araméen et hébreu. On peut penser qu'il n'a pas été influencé, dans sa traduction, par aucun a priori théologique catholique ou protestant. Desclée de Brouwer, Paris 1974-79 et 1985 (CHO).
Notre bibliographie est volontairement restreinte, la Bible étant en la circonstance, le document par excellence. Il est conseillé au lecteur intéressé de suivre l'exemple des Juifs de Bérée qui
«examinaient chaque jour les Ecritures. pour voir si ce qu'on leur disait était exact.» (Act. 17.11).1
Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. (1 Tim. 2.4)
Le Concile œcuménique a amené l'auteur de ces lignes à approfondir ce qui lui semblait être le fondement doctrinal de l'Unité chrétienne: la Bible, et en particulier le Nouveau Testament qui est la révélation définitive de Dieu aux hommes.
«Sous l'inspiration de l'Esprit-Saint, écrivit S. S. Pie XII (Divino afflante) , les écrivains sacrés ont composé les Livres que Dieu a voulu donner au genre humain»
(cité par Daniel-Rops, «Qu'est-ce que la Bible?», p. 68).
Ce sont donc ces livres qui nous révèlent Ses desseins et Son plan de Salut pour l'humanité.
Pour connaître Sa volonté, «pour entendre le Saint-Esprit, il faut lire un livre écrit de main d'homme» (Dom Passelecq, «Préj. des Cath. contre la lecture de la Bible», p. 12), mais «divinement inspiré» (2 Tim. 3.16), l'inspiration étant l'impulsion surnaturelle par laquelle l'Esprit-Saint a incité les écrivains sacrés à écrire sous sa continuelle assistance. «Puisque l'écrivain sacré a écrit tout ce que Dieu voulait lui faire écrire et seulement ce qu'il voulait lui faire écrire, il en résulte que dans les livres inspirés tout est parole de Dieu» (Robert-Tricot, «Init. Bibl.», p. 20)
«... en sorte que toute erreur, même en matière qui ne regarde pas la foi ou les mœurs, se trouve être exclue de la Sainte Ecriture, parce que Dieu ne saurait enseigner une erreur quelconque»
(L. Rudloff, «Pet. Théol. Dogm.», p. 30).
Tel est l'énoncé du principe de l'inerrance des Ecritures.
«Ce qui est certain, c'est que cette assistance (celle du Saint-Esprit) fait choisir à l'auteur les mots les plus aptes à rendre la pensée divine dans toute sa force et sa netteté. En ce sens, on peut parler d'inspiration verbale»
(Robert-Tricot, Init. Bibl. p. 17).
En effet, «Il est difficile de dissocier la pensée pure de son expression. Dieu ne saurait être absent de la formulation, de la mise par écrit de son message» (Daniel-Rops, «Qu'est-ce que la Bible?», p. 78). Tel est l'énoncé du principe de «l' inspiration totale.»
Puisque Dieu est l'Auteur de la Bible, sa lecture ne reste pas sans action profonde sur son lecteur.
«La Parole de Dieu réalise sans intermédiaire ce dont elle est le signe. 'Comme la pluie et la neige descendent du ciel et n'y retournent pas qu'elles n'aient abreuvé et fécondé la terre et qu'elles ne l'aient fait germer, qu'elles n'aient donné la semence au semeur et le pain à celui qui mange, ainsi en est-il de ma Parole qui sort de ma bouche. Elle ne revient pas à moi sans effet, mais elle exécute ce que j'ai voulu et accomplit ce pourquoi je l'ai envoyée' (Is. ou Es. 55. 10, 11)».
(J. Vallentin, La Foi des Chrétiens p. 36).
De plus,
«la Parole de Dieu nous sanctifie. Elle est la voie du salut, car elle opère la sanctification et la grâce» (J. Vallentin, «La Foi des Chrétiens», p. 37).
Voir aussi Jean 17.17.
«La Parole de Dieu, nous dit le Vocabulaire de Théologie biblique, est donc un fait en face duquel l'homme ne peut se tenir passif; le porte-parole exerce un ministère aux responsabilités très lourdes; l'auditeur est sommé de prendre position et cela engage son destin.»
Méditée dans cette perspective, la Bible ne peut manquer d'enrichir spirituellement, de conduire le lecteur – tout comme elle a conduit l'auteur de ces lignes – à reconnaître en Jésus son seul Sauveur et l'amener à une «nouvelle naissance»2, par laquelle «l'homme échange sa vie humaine et pécheresse pénétrée de tristesse et aboutissant à la mort, contre une vie divine, éternelle et bienheureuse. Il devient participant de la vie même de Dieu» (Cahier Evangile, n° 41, p. 11). Le message du Nouveau Testament est cette Bonne Nouvelle:
«A cause de ce que Dieu fit en Jésus et par lui, les hommes sont pardonnés, réconfortés et ramenés à l'intimité avec Dieu. Dieu et les hommes sont à nouveau réunis»
(R. Davidson, «Le Mes. de la Bible», p. 153).
L'unité entre chrétiens ne peut passer que par la communion avec le Père et le Fils.
«Que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient un en nous»
(Jean 17.21, Jérusalem).
C'est la prière même de Jésus. Voir aussi Gal. 3. 28.
L'unité, c'est qu'il n'y ait qu'
«un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême. un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, et parmi tous, et en tous» (Eph. 4.5, 6).
Or cette foi unique est-elle prêchée pareillement dans toutes les églises? Propose-t-on aux hommes avides de vie nouvelle et assoiffés de certitudes spirituelles le même Evangile et le même texte?
La comparaison des traductions récentes du Nouveau Testament et leur confrontation avec l'original grec (N. T. Gr. Lat.) se sont imposées.
En cas de divergence, c'est le principe de l' «analogie de la foi» (Rom. 12.6) qui doit trancher. «Il faut comparer les passages parallèles et les expliquer les uns par les autres; ce sera souvent le meilleur moyen de préciser une expression ou d'envisager un fait sous ses divers aspects» (Robert-Tricot, «Init. bibl.», p. 327)3.
Mais la Bible étant le livre de la Parole de Dieu, il faut l'aborder avec respect, foi et humilité, avec un cœur et un esprit ouverts.
Et avant de commencer la lecture de cette étude, il faut demander à l'Esprit-Saint d'être notre guide et notre lumière:
«Eternel ! fais-moi connaître tes voies,
Enseigne-moi tes sentiers.
Conduis-moi dans ta vérité, et instruis-moi;
Car tu es le Dieu de mon salut,
Tu es toujours mon espérance...»
(Ps. 25 (24).4, 5).
Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé. (Jean 10. 9)
La Bible nous fait connaître le plan de Dieu pour le salut de l'humanité. Et, pourtant, les diverses Eglises n'enseignent pas la même doctrine de salut. Bien plus, comme nous allons le voir dans les passages suivants, les traducteurs ne traduisent pas toujours en fonction du texte grec, mais en fonction d'une certaine orientation théologique de leur esprit. De là les divergences de traduction en plusieurs endroits.
Voici le premier, tel que le traduisent les protestants. Il s'agit d'un passage des Actes des Apôtres. chapitre 2, verset 47
|
SEGOND |
Et le Seigneur ajoutait chaque jour à l'Eglise ceux qui étaient sauvés. |
|
DARBY |
... ceux qui devaient être sauvés. |
|
GOGUEL-MONNIER |
... ceux qui étaient sauvés. |
|
SEGOND REV. |
... ceux qui étaient sauvés. |
|
STAPFER |
... ceux qui étaient sauvés. |
|
SYNODALE |
... ceux qui étaient sauvés. |
|
PV |
... ceux qui étaient sauvés. |
|
PLE |
... ceux qui étaient sauvés. |
|
LIV |
... ceux qui étaient sauvés. |
|
BAN |
... ceux qui étaient sauvés. |
Voici maintenant les traductions catholiques
|
BUZY |
... ceux qui étaient sur le chemin du salut. |
|
CRAMPON 1939 |
... ceux qui étaient sauvés. |
|
CRAMPON 1960 |
... ceux qui étaient sauvés. |
|
JÉRUSALEM |
... ceux qui seraient sauvés. |
|
N. T. LETOUZEY |
... ajoutait-il chaque jour des élus. |
|
MAREDSOUS |
... ceux qui étaient sur le chemin du salut. |
|
PIROT -CLAMER |
... ajoutait chaque jour les sauvés. |
|
OSTY-TRINQUET |
... ceux qui étaient sauvés. |
|
TRI |
... ceux qui étaient sauvés. |
|
PDB |
... ceux qui trouvent le salut. |
Voici maintenant les traductions interconfessionnelles
|
TOB |
... ceux qui trouvent le salut. |
|
BFC |
... ceux qui étaient sauvés. |
Voici maintenant la traduction Chouraqui
|
CHO |
pour nous, les sauvés |
Ici, la traduction diverge sur le mot grec sôzomenous qui signifie littéralement les étant sauvés, donc bien ceux qui sont sauvés et non pas seulement ceux qui se trouvaient sur le chemin du salut. Pirot-Clamer précise dans sa note (tome XI, 1ère partie p.69): «Les sauvés: la traduction de la Vulgate qui salvi fierunt (qui font leur salut) ne rend pas le grec tous sôzomenous.»
Les traduction Buzy, Jérusalem et Maredsous sont donc à rejeter.
Nous retrouvons des divergences analogues en 1 Cor. 1.18.
Voici d'abord les traductions protestantes:
|
SEGOND |
Car la prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une puissance de Dieu. |
|
DARBY |
... nous qui obtenons le salut. |
|
GOGUEL-MONNIER |
... nous qui sommes sauvés. |
|
SEGOND REV. |
... nous qui sommes sauvés. |
|
STAPFER |
... pour nous, les sauvés. |
|
SYNODALE |
... nous qui sommes sauvés. |
|
PV |
... qui marchons dans la voie du salut. |
|
COL |
... pour nous qui sommes sauvés |
|
PLE |
... pour nous qui sommes sauvés |
|
LIV |
... pour nous qui sommes sauvés |
|
BAN |
... pour nous qui sommes sauvés |
Voici maintenant les traductions catholiques, avec leurs commentaires 4
|
BUZY |
... pour ceux qui sont dans la voie du salut. |
|
CRAMPON 1939 |
... pour nous qui sommes sauvés. |
|
CRAMPON 1960 |
... pour ceux qui se sauvent. |
|
JÉRUSALEM |
... pour ceux qui se sauvent. |
|
N. T. LETOUZEY |
... pour ceux qui se sauvent. |
|
MAREDSOUS |
... pour ceux qui sont sauvés. Note : |
|
PIROT -CLAMER |
... pour ceux qui se sauvent. |
|
OSTY-TRINQUET |
... pour ceux qui se sauvent. |
|
TRI |
... ceux qui se sauvent |
|
PDB |
... ceux qui sont en train d'être sauvés |
Voici maintenant les traductions interconfessionnelles
|
TOB |
... ceux qui sont en train d'être sauvés |
|
BFC |
... nous qui sommes sur la voie du salut |
Voici maintenant la traduction Chouraqui
|
CHO |
pour nous, les sauvés |
On trouve ici, le mot «sôzomenois», le même que tout à l'heure (mais au datif) et signifiant «les étant sauvés». Crampon 1939 et Maredsous seuls ont traduit correctement.
Voici maintenant un troisième passage où apparaissent encore des divergences de traduction. Il s'agit de 1 Cor. 15.2.
Voici d'abord les traductions protestantes:
|
SEGOND |
(Je vous rappelle, frère, l'Evangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, dans lequel vous avez persévéré), et par lequel vous êtes sauvés, si vous le retenez tel que je vous l'ai annoncé; autrement vous auriez cru en vain. |
|
DARBY |
... vous êtes sauvés. |
|
GOGUEL-MONNIER |
... il (l'Evangile) sera l'instrument de votre salut. |
|
SEGOND REV. |
... vous êtes sauvés. |
|
STAPFER |
... et qui aussi vous sauvera. |
|
SYNODALE |
... vous êtes sauvés. |
|
PV |
... elle aussi sera l'instrument de votre salut. |
|
PLE |
... par lequel vous êtes sauvés. |
|
LIV |
... cette bonne nouvelle qui vous sauve |
|
BAN |
... par lequel aussi vous êtes sauvés. |
Voici maintenant les traductions catholiques:
|
BUZY |
... vous serez sauvés |
|
CRAMPON 1939 |
... vous êtes sauvés |
|
CRAMPON 1960 |
... vous serez sauvés |
|
JÉRUSALEM |
... vous serez sauvés |
|
N. T. LETOUZEY |
... vous serez sauvés |
|
MAREDSOUS |
... vous serez sauvés |
|
PIROT -CLAMER |
... vous serez sauvés |
|
OSTY-TRINQUET |
... vous serez sauvés |
|
TRI |
... vous serez sauvés |
|
PDB |
... vous êtes sauvés |
|
OSTR |
... vous êtes sauvés |
Voici maintenant les traductions interconfessionnelles
|
TOB |
... vous serez sauvés |
|
BFC |
... vous êtes sauvés |
Voici maintenant la traduction Chouraqui
|
CHO |
... vous serez sauvés |
Ici les protestants traduisent généralement par un présent, alors que les catholiques, à l'exception de Crampon 1939, traduisent par un futur. Or le mot en question, sôzesthe est bien le présent de la voix passive du verbe sôzo.
Pour justifier leur traduction, les commentateurs de Pirot-Clamer notent (tome XI, 2ème partie, p, 277): «Le verbe sôzesthe au présent doit être interprété comme un hébraïsme, mis pour le futur».
Toutefois, l'apôtre Paul «manie le grec avec aisance» (Chaîne-Grousset, lit. relig., p. 418). De plus, il a bénéficié de l'inspiration divine lorsqu'il écrivait ou dictait ses lettres.
Enfin, un dernier passage présente des divergences de traduction du même ordre. Il s'agit de 2 Cor. 2.15.
Voici d'abord les traductions protestantes:
|
SEGOND |
Nous sommes, en effet, pour Dieu la bonne odeur de Christ, parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui périssent: |
|
DARBY |
... qui sont sauvés. |
|
GOGUEL-MONNIER |
... qui sont sauvés. |
|
SEGOND REV. |
... qui sont sauvés. |
|
STAPFER |
... qui sont sauvés. |
|
SYNODALE |
... qui sont sauvés. |
|
PV |
... ceux qui se laissent sauver |
|
COL |
... ceux qui se sauvent |
|
PLE |
... ceux qui sont sauvés |
|
LIV |
... ceux qui sont sauvés |
|
BAN |
... ceux qui sont sauvés |
Voici maintenant les traductions catholiques:
|
BUZY |
... vous serez sauvés |
|
CRAMPON 1939 |
... vous êtes sauvés |
|
CRAMPON 1960 |
... vous serez sauvés |
|
JÉRUSALEM |
... vous serez sauvés |
|
N. T. LETOUZEY |
... vous serez sauvés |
|
MAREDSOUS |
... vous serez sauvés |
|
PIROT -CLAMER |
... vous serez sauvés |
|
OSTY-TRINQUET |
... vous serez sauvés |
|
TRI |
... ceux qui se sauvent |
|
PDB |
... ceux qui se sauvent |
Voici maintenant les traductions interconfessionnelles
|
TOB |
... ceux qui se sauvent |
|
BFC |
... ceux qui se sauvent |
Voici maintenant la traduction Chouraqui
|
CHO |
parmi les sauvés |
Ici les protestants utilisent le présent de la voix passive, alors que les catholiques, à l'exception de Crampon 1939, utilisent le présent de la voix active.
En fait, le mot mal traduit est encore «sôzomenois», déjà rencontré en Actes 2.47 et 1 Cor. 1.18 et qu'il faut traduire par «les étant sauvés».
Il est assez surprenant de constater que Crampon 1960 a modifié Crampon 1939, mais non pas dans le sens d'une plus grande fidélité au texte!
Cette divergence des traductions pose deux questions fondamentales pour le salut des chrétiens. Et tout d'abord celle-ci: quelle est la part de l'homme dans son salut? Peut-il se sauver lui-même? Ensuite la seconde question: le chrétien peut-il avoir la certitude, dès ici-bas, d'être sauvé?
La réponse est donnée par le Nouveau Testament.
Lorsque les apôtres lui demandèrent qui pouvait être sauvé, Jésus a répondu:
«Aux hommes cela est impossible, mais à Dieu tout est possible» (Matth. 19.26)5.
Pierre le redit en Actes 15.11 :
«Mais c'est par la grâce du Seigneur Jésus que nous croyons être sauvés, de la même manière qu'eux.»
Et Paul le réaffirme en maints endroits. Voyons deux passages particulièrement significatifs.
Tite 3.5:
Il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde, par le baptême de la régénération et le renouvellement du Saint-Esprit.
Eph. 2.8 et 9:
Car c'est bien gratuitement que vous êtes sauvés moyennant la foi: vos mérites n'y sont pour rien, c'est un don de Dieu; ce n'est pas par les œuvres, en sorte que personne n'ait sujet d'en tirer vanité (Maredsous).
Voir aussi Rom. 3.28 ; 8.1 ; 9.32 et 33 ; 11.6 ; 1 Cor. 6.20 : Gal. 2.16; 2 Tim. 1.9.
Il est donc évident que ce ne sont point nos œuvres qui peuvent nous sauver. Jésus lui-même n'a-t-il pas dit:
«Vous de même, quand vous avez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites: Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire» (Luc 17.10)?
L'adjectif «akhreios» traduit par «inutiles» ou «pauvres» ou «ordinaires», signifie même «bons à rien», et, pour le traducteur catholique Henri Lasserre (Les saints Evangiles, p. 572), «sans mérite», donc nullement surérogatoire.
«L'homme ne peut sortir de sa condition de pécheur que par la foi en Jésus-Christ, lequel a reçu de Dieu mission de réparer le désastre causé par le péché d'Adam: expier les fautes de l'humanité, abattre la tyrannie du péché et conférer aux croyants sa sainteté, qui est la sainteté même de Dieu»
(Osty-Trinquet, note à Rom. 1.17, p. 321).
Bien plus, les versets précédents laissent présumer que les apôtres et les premiers chrétiens possédaient la certitude d'être sauvés. «Il nous a sauvés», «vous êtes sauvés», «nous croyons être sauvés» : voici ce qu'affirment les apôtres!
Cette gratuité et cette certitude du salut constituent précisément la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ! Tout au long du Nouveau Testament, cette affirmation se retrouve. Voici deux témoignages de l'apôtre Jean.
Jean 6.47:
En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi a la vie éternelle.
1 Jean 5.11 à 13:
Et voici ce témoignage, c'est que Dieu nous a donné la vie éternelle, et que cette vie est dans son Fils. Celui qui a le Fils a la vie; celui qui n'a pas le Fils de Dieu, n'a pas la vie. Je vous ai écrit ces choses, afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu.
Voir aussi Jean 3.15 et 16; 3.36; 5.24; 10.28; Rom. 6.22; 8.1 ; 10.9 à 11 ; 1 Jean 2.25; 3.14; Phil. 3.20.
Le salut vient donc de Dieu, et le chrétien racheté possède la certitude de son salut.
Mais alors, peut-on objecter, à quoi bon les nombreuses exhortations aux bonnes œuvres? (Eph. 2.10; 1 Tim. 6.18; Héb. 10.24; 1 Pi. 2.12; Ja. 2.14 et 20, etc.).
Celles-ci n'étant pas les moyens du salut, sont au contraire les fruits du salut, le témoignage des sauvés, car toute foi authentique «témoigne» par ses œuvres.
«Que votre lumière luise aussi devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres, et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux» (Matth. 5.16).
Jésus a dit :
«Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire.» (Jean 15.5).
Sans communion avec Dieu, en effet, toutes nos œuvres sont mortes.
Comment obtenir ce salut? Comment aller vers Jésus qui proclame:
«Je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi» (Jean 6. 37).
Il nous le dit lui-même:
«Repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle» (Marc 1.15).
«Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé» (Marc 16.16).
Tout au long du Nouveau Testament reviennent ces exhortations à la foi et à la repentance qui en constituent l'essence (voir Actes 20.21).
«Si vous ne vous repentez, vous périrez tous également» (Luc 13.3 et 5).
Avant son ascension au ciel, Jésus explique de nouveau à ses disciples que, selon les Ecritures, «la repentance et le pardon des péchés seraient prêchés en son nom» (Luc 24.47).
Dès sa première prédication, Pierre exhorte à la repentance (Actes 2.38). Devant les Athéniens, Paul proclame que «Dieu, sans tenir compte des temps d'ignorance, annonce maintenant à tous les hommes, en tous lieux, qu'ils aient à se repentir» (Actes 17.30).
Et le dernier livre de la Bible nous fait entendre plusieurs fois le même avertissement. Ecoutons :
«Aie donc du zèle, et repens-toi. Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi» (Apoc. 3.19 et 20).
Qu'est-ce donc que la repentance? Qu'est-ce se repentir? Les correspondants grecs de ces mots sont metanoïa et metanoeô. Ils expriment, comme le dit la note de Jérusalem à Matth. 3.2, un changement de l'esprit, un retournement (conversion).
Mareds. Expl. précise très justement, dans son commentaire à Actes 2.38, que l'expression: repentez-vous,
«contient, outre le regret de ses fautes, une disposition réelle à un changement de vie, à un renouvellement de la mentalité...».
Comment se traduit ce repentir? Jésus nous l'enseigne dans sa parabole de l'enfant prodigue (Luc 15.18 à 20) :
«Je me lèverai, j'irai vers mon père, et je lui dirai: Mon père, j'ai péché contre le ciel et toi, je ne suis plus digne d'être appelé ton fils; traite-moi comme l'un de tes mercenaires. Et il se leva, et il alla vers son père».
L'Evangile nous donne aussi des exemples de repentir. D'abord, la femme repentante (Luc 7.38) qui se tint aux pieds de Jésus et pleura. De même Pierre, après son reniement, lorsqu'il rencontra le regard du Seigneur, sortit de là et pleura amèrement (Luc 22. 62).
Le psalmiste déjà, dans ce magnifique psaume de la repentance (Ps. 51 (50). 19) nous dit:
«Les sacrifices qui sont agréables à Dieu, c'est un esprit brisé: ô Dieu! tu ne dédaignes pas un cœur brisé et contrit.»
Et ainsi parle le Très-Haut (Esaïe ou Isaïe 57.15) :
«... Mais je suis avec l'homme contrit et humilié, afin de ranimer les esprits humiliés, afin de ranimer les cœurs contrits.»
Or, si la repentance est un changement de conduite et un retour vers Dieu, il ne faut pas confondre «repentance» et «pénitence». Car le mot «pénitence», outre l'idée de repentir, contient la notion d'expiation des péchés et celle des pratiques expiatoires de mortifications.
Dès 1886, Henri Lasserre, traducteur catholique des Evangiles, l'avait reconnu (Les Saints Evangiles, p. 536) :
«Le paenitentiam agite du latin ne traduit pas exactement les sens du grec metanoeïte qui veut dire: changez de sentiment, repentez-vous, convertissez-vous, mais qui ne comporte point, comme le paenltentiam agite, l'idée d'austérités volontaires, dans le but d'expier.»
Le Nouveau Testament nous a appris, en effet, que ce ne sont pas nos œuvres qui peuvent nous sauver, que le salut est impossible à l'homme et que c'est Jésus-Christ qui, à notre place, s'est livré pour l'expiation de nos péchés (1 Jean 4,10 ; Rom, 3.25).
Les commentateurs de Pirot-Clamer notent aussi (tome IX, p, 26) :
Metanoeïte (traduction du substrat hébreu sûbû) : étymologiquement, repentez-vous, changez d'esprit (meta nous), changez de sentiments, de conduite. La meilleure traduction des verbes hébreu et grec semble être non pas faites pénitence, repentez-vous qui n'expriment formellement que le regret, mais convertissez-vous qui exprime en même temps le changement de conduite consécutif au repentir.»
Et pourtant, le mot pénitence et l'expression faites pénitence reviennent souvent sous la plume des traducteurs catholiques, dans les missels et la catéchèse catholique.
Voici d'ailleurs un tableau comparatif (p. 24-25) des diverses traductions des mêmes mots grecs: metanoïa et metanoeô que tous les traducteurs protestants traduisent toujours par repentir ) (sous ses diverses formes) ou par repentance, aux exceptions suivantes près.
Osty-Trinquet est la seule traduction catholique à toujours traduire ces mots par repentir et ses dérivés.
|
Héb. 6.1 |
renoncement aux œuvres mortes |
Segond, Darby, Goguel-Monnier, Segond rev., Stapfer |
|
Luc 13. 3,5 |
convertir |
Goguel-Monnier |
|
2 Tim. 2.25 |
changer d'avis |
Stapfer |
|
Héb. 12.17 |
revenir |
|
versets |
Buzy |
Crampon |
Crampon |
Jéru- |
N.T. |
Maredsous |
Pirot- |
Osty- |
Lasserre |
Synopse |
|
|
Matth. |
3.2 • |
co |
re |
re |
re |
co |
re |
co |
re |
co |
fp |
|
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3.8 * |
pe |
re |
re |
re |
pe |
pe |
pe |
re |
co |
pe |
|
|
3.11 * |
pe |
re |
re |
re |
pe |
pe |
pe |
re |
am |
pe |
|
|
4.17 • |
co |
re |
re |
re |
co |
fp |
co |
re |
co |
fp |
|
|
11.20 • |
co |
fp |
fp |
fp |
co |
re |
co |
re |
imp |
fp |
|
|
11.21 • |
fp |
fp |
fp |
fp |
fp |
re |
fp |
re |
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fp |
|
|
12.41 • |
fp |
fp |
fp |
fp |
fp |
fp |
fp |
re |
fp |
fp |
|
Marc |
1.4 * |
pe |
re |
re |
re |
re |
co |
pe |
re |
pe |
pe |
|
|
1.15 • |
co |
re |
re |
re |
re |
fp |
fp |
re |
co |
fp |
|
|
6.12 • |
pe |
re |
re |
re |
re |
pe |
pe |
re |
co |
pe |
|
Luc |
3.3 * |
pe |
re |
re |
re |
pe |
re |
pe |
re |
pe |
pe |
|
|
3.8 * |
pe |
re |
re |
re |
re |
co |
re |
re |
co |
pe |
|
|
5.32 * |
pe |
re |
re |
re |
pe |
co |
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10.13 • |
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11.32 • |
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13.3 • |
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13.5 • |
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13.7 * |
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15.10 • |
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16.30 • |
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17.3 • |
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17.4 • |
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24.47 |
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Actes |
2.38 • |
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3.19 • |
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5.31 * |
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8.22 • |
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11.18 * |
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13.24 * |
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17.30 • |
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19.4 * |
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20.21 * |
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26.20 * |
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Rom. |
2.4 * |
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2 Cor. |
7.9 * |
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7.10 * |
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12.21 • |
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2 Tim |
2.25 * |
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Héb. |
6.1 * |
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6.6 * |
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12.17 * |
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2 Pi. |
3.9 * |
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Apoc. |
2.5 • |
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2.16 • |
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2.21 • |
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2.22 • |
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3.3 • |
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